02 janvier 2026
Dans cette lettre ouverte percutante, l'artiste Alain Patenaude interpelle directement Radio-Canada à propos du Bye Bye 2025 et d'En direct de l'univers. Il y dénonce une dérive du discours humoristique vers l’insulte et la déshumanisation, s’interroge sur la responsabilité d’un diffuseur public et sur les conséquences sociales, médiatiques et diplomatiques d’un tel glissement. Un texte qui soulève des questions fondamentales sur les limites de la satire, la liberté d’expression et le rôle des médias subventionnés dans l’espace public.
Radio Canada, où est passée votre décence?
Je vous écris mon indignation, après avoir vu les extraits du « Bye Bye 2025 » qui circulent en ligne, dans lesquels vos artistes subventionnés, comme vous l’êtes d’ailleurs, se permettent d’insulter le Président américain en l’envoyant chier directement à la télé. J’espère sincèrement qu’il verra cet extrait, si ce n’est pas déjà fait.
Ce n’est pas l’humour qui me dérange, mais bien le niveau d’insulte auquel vous vous êtes abaissés. L’humour peut certainement être sarcastique, mais ce que j’ai vu, n’avait plus rien à voir avec de la satire. Dire à un Président d’aller chier, relève de la vulgarité gratuite et d’une agressivité qui dépasse largement les limites du respect minimal qu’un diffuseur public devrait maintenir. Voilà donc ce qu’est devenue la télévision d’État.
Vous alimentez une hostilité envers ce président, fondée sur des affirmations répétées par des chroniqueurs, jusqu’à être prises pour des vérités par ceux qui vous écoutent encore. Dans le temps, ‘’les cyniques’’ s’en prenaient aux politiciens d’ici en se moquant d’eux, pas en les envoyant chier aussi directement.
Imaginez une seule seconde qu’un numéro équivalent ait visé Mark Carney ou François Legault. Vous auriez crié au scandale, dénoncé la “radicalisation”, parlé de “discours dangereux”. Mais lorsque la cible est Donald Trump, tout devient soudain acceptable, drôle, même “courageux”. Cette incohérence révèle un mépris assumé pour ceux qui ne pensent pas la même chose que vous. Trump a été élu par une majorité d’Américains qui représentent vingt fois notre petit neuf millions d’anxieux Québécois. Ce ne sont pas tous des idiots, comme plusieurs Québécois se plaisent à le dire, bien assis dans leur condo en Floride.
La semaine dernière encore, Patrick Lagacé, au 98,5 FM, le grand artisan de l’étiquette des “édentés” était, en compagnie de Guillaume Lemay-Thivierge dans une entrevue devenue mémorable. Elle nous a démontré à quel point la haine est palpable chez certaines personnes. Elle finit par anesthésier ceux qui la cultivent, au point qu’ils ne perçoivent même plus les personnes qu’ils blessent. Plus quelqu’un insiste pour dire qu’il n’est pas psychopathe, plus il en donne l’impression. Cette insensibilité, presque mécanique, est inquiétante chez quelqu’un qui occupe une tribune publique. Voilà le résultat de la haine. Encouragée par les médias, elle devient systémique.
J’ai ressenti un malaise troublant devant des propos qui dépassaient largement la satire. J’ose espérer que ceux qui ont participé à ce numéro, auront, avec un peu de recul, un moment de remords, ne serait‑ce que pour reconnaître que l’humour n’excuse pas tout, surtout lorsqu’il glisse vers la déshumanisation. Dernièrement, on a l’impression que les artistes de l’UDA se sont ligués tous ensemble, pour s’en prendre au Président Américain. La semaine dernière, la comédienne Geneviève Brouillette a déversé sa haine envers lui, en lui souhaitant un infarctus, puis, devant les réactions négatives, a discrètement fermé son compte X. Jocelyne Cazin a pris la peine de dire à Denis Lévesque à son podcast, qu’elle boycottait les produits américains, lorsqu’elle revient au Québec après ses six mois passés à son condo en Floride. En fait de cohérence, c’est dur à battre!
Je n’aurais jamais pensé que des artistes que j’ai admirés, puissent un jour exhiber une haine aussi glaçante. Ce qui m’a frappé, ce n’est pas seulement le contenu, mais l’aisance avec laquelle les artistes semblaient savourer leur propre hostilité. Comme si la haine était devenue une vertu morale. Comme si insulter Trump était devenu un acte de bravoure.
Et vous, Radio‑Canada, vous avez cautionné tout cela. Vous l’avez financé, diffusé et présenté comme un divertissement national. Tout cela payé par le public, y compris par ceux qui ne disent pas comme vous et que vous méprisez ouvertement. Sans vos subventions massives, vous seriez à genoux à nous demander de vous supporter, comme le fait votre compétiteur PKP. Mais puisque l’argent tombe du ciel, quoi qu’il arrive, vous vous permettez de mépriser ceux qui vous financent en envoyant chier le président que tout le monde déteste par votre faute.
Il est essentiel de préserver une relation constructive avec notre voisin du Sud. Les États‑Unis jouent un rôle majeur dans notre sécurité, notamment grâce à la puissance de leur armée, et nos économies sont profondément interconnectées. Remettre en question cette coopération ou la traiter avec désinvolture, serait lourd de conséquences pour le Canada. Que cela plaise ou non, il est nécessaire de maintenir un dialogue respectueux avec le Président américain plutôt que de recourir à des insultes qui ne servent ni nos intérêts ni notre image. Et depuis des décennies, on nous répète que, lorsque les États‑Unis attrapent la grippe, nous, au Canada, nous commençons aussitôt à tousser.
Alors je vous laisse imaginer l’ampleur du rhume qui nous guette maintenant. Je n’ose même pas imaginer ce que donnera la suite, surtout avec un président qui sait très bien à quel point une partie de notre population le déteste et qui pourrait être tenté de nous le rappeler. C’est précisément pour cela que j’estime essentiel que Radio‑Canada prenne la pleine mesure de la situation et informe le public avec rigueur, au lieu de propager une haine inutile.
Alors je vous laisse imaginer l’ampleur du rhume qui nous guette maintenant. Je n’ose même pas imaginer ce que donnera la suite, surtout avec un président qui sait très bien à quel point une partie de notre population le déteste et qui pourrait être tenté de nous le rappeler. C’est précisément pour cela que j’estime essentiel que Radio‑Canada prenne la pleine mesure de la situation et informe le public avec rigueur, au lieu de propager une haine inutile.
Je vous laisse avec toute l’absence de considération que vous avez su m’inspirer.
- Alain Patenaude, musicien et auteur
- Alain Patenaude, musicien et auteur

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